Accueil

 

Plan du site

 

Voyages nature

 

Calendrier des voyages

 

Voyages à la carte

 

Plus sur

 

Carnet de voyage

 

Qui sommes-nous

 

L'équipe de N&T

 

Voyager avec N&T

 

Liens

 

Contact

 

 

Remonter ] Transport du matériel ] Doñana ] Alaska ] Argentine ] Kenya ] Le delta du Danube ] Le sud de la Suède ] Les Canaries ] Les forêts de l'Est ] Choisir une longue-vue ] Choisir des jumelles ] Choisir des chaussures ] Choisir un survêtement ] Islande ] Bulgarie ] Turquie ] Patagonie ] Equateur, des Galapagos à l'Amazonie ] Tunisie ] [ Les déserts US ] Texel et la Mer des Wadden ] Les migrations en Ibérie ] Observer les mammifères ] L'observation nocturne ] Hawaii, paradis né de l'enfer ] L'Estrémadure ]

 

J.P.LIEGEOIS

© Nature et Terroir

 

Popularisés par les « westerns » d’Hollywood, les déserts d’Amérique du Nord offrent au voyageur des paysages d’une beauté à couper le souffle, baignés de lumières grandioses. Pour le naturaliste, ce sont des milieux pleins de vie : multitude de cactus et autres végétaux adaptés à la sécheresse, profusion de reptiles et d’insectes, abondance d’oiseaux et de mammifères…

 

Entre Sierra Nevada et Rocheuses

Les zones désertiques des USA occupent un vaste plateau de 750.000 km² limité à l’Ouest par la Sierra Nevada et à l’Est par les Montagnes Rocheuses. Ils se prolongent au Mexique entre Sierra Madre Occidentale et Orientale, ainsi qu’en Basse Californie, pour dépasser 1,2 millions de km².

 

C’est cette situation enserrée entre deux chaînes montagneuses qui leur vaut un climat aride. L’essentiel des pluies, qu’elles proviennent du Pacifique à l’Ouest ou du Golfe du Mexique à l’Est, sont arrêtées par des barrières dépassant 4.000 m d’altitude.

 

Le désert du Grand Bassin, au Nord, est caractérisé par un climat assez froid, avec des neiges abondantes en hiver. Au Sud du fleuve Colorado, au contraire, les déserts de Sonora, de Chihuahua et de Mojave ont un climat chaud et des températures estivales dépassant allègrement les 50°C. L’évaporation atteint l’équivalent de 4.000 mm de précipitations, alors que celles-ci ne dépassent guère 250 mm.

 

De par leur localisation, les déserts du Grand Bassin, de Mojave et de Chihuahua jouissent d’une seule saison humide : en hiver, sous forme de pluies provenant des dépressions pacifiques pour les deux premiers, ou en été à partir des perturbations du Golfe du Mexique pour le troisième. Le désert de Sonora, quant à lui, cumule les deux saisons. Alliée à son climat sub-tropical, cette caractéristique fait de lui le plus riche et diversifié en vie végétale et animale.

 

Le désert des cactus géants

Le symbole du désert de Sonora est le cactus saguaro. Jeune, il pousse à l’ombre d’un « arbre nourrice » (nurse tree) qui le protège des ardeurs du soleil et enrichit le maigre sol de ses feuilles tombées. Ensuite, l’ingrat dépasse son protecteur et finit par le tuer en monopolisant l’eau disponible. A 65 ans, il commence à se ramifier et prend peu à peu l’allure seigneuriale qui en fait la star de tous les films et livres dédiés aux déserts US. Si le gel hivernal et les violents orages d’été l’épargnent, il pourra atteindre 200 ans et plus de 15 m de hauteur.

 

Le saguaro est remarquablement adapté au climat impitoyable du désert. Son système racinaire est peu profond, mais s’étale sur un cercle d’une trentaine de mètres de diamètre. Lors des pluies, ils se gorge d’eau et son épiderme « à soufflets » se déploie pour en emmagasiner le plus possible. Son poids peut alors doubler pour atteindre 5 ou 10 tonnes chez les plus grands spécimens … Il sera ensuite capable de résister à 2 ans de sécheresse.

 

Le saguaro doit atteindre une cinquantaine d’années avant de fleurir. De couleur crème et formant une couronne au sommet du colosse, ses fleurs sont étonnantes de délicatesse dans un univers barbelé d’épines redoutables. Elles-mêmes et les fruits juteux et sucrés qu’elles produisent font les délices des écureuils terrestres, des tourterelles à ailes blanches et autres gourmands du désert.

 

Parmi les géants se classent aussi le cactus candélabre (« organ pipe cactus ») et le senita qui lui ressemble. Se ramifiant dès la base, ils atteignent également plusieurs mètres de hauteur.

A leur pied, se bousculent 140 autres espèces de cactées, plus hérissées les unes que les autres, et aux floraisons pétillant de jaune, de rouge, d’orange, de pourpre …

 La langue anglaise leur a réservé des noms imagés reflétant leur morphologie : poire piquante (prickly pear), oponce nounours (teddybear cholla), cactus hérisson (hedgehog cactus), cactus à hameçons (fishhook cactus), cactus queue de castor (beavertail cactus), cactus verre de rouge (claret cup cactus) …

 

Abondance et pénurie

Dans le désert de Sonora, les pluies sont rares et irrégulières. Certaines années, elles manquent complètement. Si les précipitation hivernales imprègnent le sol, lors des orages d’été, le déluge est si brusque qu’il ruisselle à la surface sans guère y pénétrer.

 

Mais lorsque de l’eau arrive, un miracle se produit. En quelques jours, des millions de plantes annuelles germent, fleurissent en une effervescence de couleurs, puis fructifient et meurent… Leurs graines devront parfois patienter plusieurs années avant que le cycle recommence.

 

Certains crapauds adoptent d’ailleurs la même stratégie. Ils survivent en léthargie, enfoncés dans la boue séchée. Lors de pluies abondantes, ils émergent, s’accouplent, pondent et se nourrissent en abondance. En quelques semaines, les têtards seront à leur tour prêts à s’enterrer lorsque les mares se dessècheront …

 

Le reste du monde végétal fonctionne selon un mode d’économie strict. Beaucoup de plantes ont des racines largement étalées à la surface du sol, pour capter la moindre goutte. Les feuilles sont réduites au minimum et parfois simplement absentes, couvertes de poils protecteurs ou d’une cuticule cireuse pour limiter les pertes en eau par évapotranspiration. La jojoba a même inventé les feuilles à orientation variable : elles tournent avec le soleil pour ne lui présenter que leur tranche.

 

Le plateau calciné, au sol fin et imperméable, n’héberge que quelques plantes de taille réduite, comme les armoises ou les créosotiers. Plus haut sur les pentes des bajadas, cônes détritiques formés par les torrents lorsqu’ils débouchent des canyons, les innombrables cactus, les agaves, paloverdes, ocotillos (fouquières), bois de fer et autres se développent dans les interstices du sol grossier qui piègent un peu d’humidité.

 

Mais c’est à proximité des torrents que l’on trouve la plus haute diversité végétale. Même si ils sont à sec la plupart du temps, le sol y conserve quelques traces d’humidité. Saules, mesquites, acacias, tamaris et autres forment des cordons végétaux plus denses et qui hébergent une riche vie animale.

 

Une vie qui se cache

Les animaux du désert sont confrontés à la même disette que les végétaux et doivent également développer des stratégies d’opportunisme et de parcimonie. Leur avantage : ils ne sont pas rivés au sol, mais peuvent se déplacer pour chercher de l’ombre ou de l’eau.

 

Outre les insectes, les lézards forment incontestablement le peuple le plus nombreux. Une promenade en matinée, avant que le soleil ne transforme le milieu en chaudron infernal, fait jaillir sous les semelles des lézards à collier dont les deux sexes sont merveilleusement colorés : mâles bleus et jaunes et femelles tachetées d’orange et de noir, des lézards à queue zébrée, des whiptails (fouette-queue) à la queue interminable, des lézards à flancs tachetés … La journée durant, les lézards alterneront retraites à l’ombre et bains de soleil pour maintenir une température corporelle optimale.

 

Dans une crevasse des rochers, on découvrira peut être le « monstre de Gila » (héloderme), gros lézard lent et pataud d’une cinquantaine de cm dont la morsure est venimeuse. Lorsqu’il peut faire bombance, l’héloderme emmagasine de la graisse dans sa queue épaisse. En la digérant durant les périodes de disette, il produira métaboliquement l’eau nécessaire à sa survie.

 

Sauf si on les recherche systématiquement en retournant pierres et souches, les serpents restent invisibles de jour. Moins tolérants à la forte chaleur que les lézards, ils préfèrent la fraîcheur nocturne pour chasser. Mais la région est riche en espèces, dont les serpents-corail et les célèbres et redoutables crotales…

 

Les mammifères évitent également les heures chaudes. Seuls les tamias et autres écureuils terrestres se laissent observer de jour. Ils sont particulièrement friands des fruits juteux des cactus, et on s’émerveille de leur adresse à les cueillir en évitant les meurtrières épines.

Avec le soir, vient l’heure des « jackrabbits ». Ces grands lièvres américains semblent sortir de chaque buisson pour aller grignoter la maigre végétation. Pour économiser l’eau, ils sont dépourvus de glandes sudoripares et règlent leur température interne en cherchant l’ombre. Leurs immenses oreilles fortement vascularisées leur servent d’échangeur de chaleur.

 

Le « kit fox », qui ressemble un peu au fennec africain, possède la même adaptation. Mais c’est sa proie favorite, le rat-kangourou, qui fait figure de champion en matière d’économie d’eau. Il ne boit jamais, tirant tout sont liquide des végétaux qu’il mange. Il n’a pas de glandes sudoripares. Ses reins ultra-performants limitent à 4% le taux en humidité de ses déjections. Ses cavités nasales ont une température inférieure au reste du corps, lui permettant de récupérer par condensation les trois quart de l’humidité de l’air qu’il exhale…

 

Les grands ongulés sont représentés dans le désert de Sonora par le pécari, le cerf-mulet, l’antilope pronghorn et l’impressionnant mouflon bighorn. Le grizzly et le loup ne sont plus présents. Le couguar y est le plus puissant prédateur, mais il s’est fort raréfié. Le bobcat ou lynx roux se rencontre par-ci par-là.

Le coyote, quant à lui, est omniprésent. Talentueux opportuniste, il chasse écureuils, lièvres et colins, fréquente assidûment les poubelles des banlieues et dispute aux vautours auras les cadavres des animaux tués sur les routes.

 

Ces grands animaux ne sont pas de véritables spécialistes du désert. Très mobiles, ils exploitent les rares sources et tinajas (cavités imperméables qui se remplissent lors des pluies et conservent de l’eau durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois) pour se désaltérer.

 

Le monde des oiseaux

Le monde des oiseaux n’a pas non plus d’espèces réellement adaptées aux milieux désertiques. Dans les environnements les plus rudes, ils sont donc quasiment absents. Mais dès que la végétation prend de l’ampleur, ils foisonnent : plus de 300 espèces ont été recensées dans le désert de Sonora.

 

Le plus célèbre de tous est sans doute le « roadrunner », sorte de coucou terrestre popularisé au côté de son ennemi malchanceux le coyote dans une série de dessins animés (bîîp bîîp !). Chasseur de lézards et de gros insectes, le roadrunner est équipé de grandes pattes avec 4 doigts en croix qui en font un coureur rapide. Son vol, par contre, est laborieux.

 

A l’opposé des capacités voilières, on situera les grands rapaces comme l’aigle royal, la buse à queue rousse ou le vautour aura, tous trois abondants. Dans un autre registre, les colibris sont fascinants. Leur brillant plumage et leur vol acrobatique animent les endroits ou l’humidité est présente : sources, terrains de golf, parcs et jardins abondamment arrosés.

 

L’ourlet d’arbres et arbustes qui longe les berges des ruisseaux est particulièrement riche en ailes chamarrées : gobemouche vermillon, cardinal écarlate, tanagers, parulines, moqueurs…

 

Parmi les saguaros vit le pic de Gila et d’autres espèces de pics qui forent leur trou dans le tronc des géants, comme ils le feraient dans un arbre. La minuscule chouette des cactus récupère les cavités inoccupées. Le troglodyte des cactus installe son nid en pleine vue … mais au cœur même de l’enfer barbelé des oponces fourrus. Bien intrépide serait le prédateur qui s’y engagerait !

 

Une oasis

L’endroit le plus extraordinaire pour observer a faune est sans conteste la source de Quitobaquito, à un jet de pierre de la frontière mexicaine. Le plan d’eau permanent attire vers lui tout ce qui vit à plusieurs kilomètres à la ronde (et hélas aussi les détrousseurs de touristes !). Ses abords sont imprimés des innombrables traces des pécaris et des cerfs-mulets qui viennent boire. Sur le sol frais, courent de toute part des milliers de lézards. Les tourterelles tristes et à ailes blanches roucoulent parmi les arbres.

 

Dans les eaux limpides filent par bancs d’innombrables poissons. Les grenouilles coassent. D’une branche s’élève un gros oiseau blanc et sombre. Il volète sur place avant de plonger puis de remonter en l’air, un alevin se tortillant dans son bec massif : un martin-pêcheur vert …

 

La profusion de vie est telle qu’on en vient à oublier qu’à quelques centaines de mètres à peine sévit l’implacable loi du désert.

 

Menaces et protection

La pauvreté des ressources, le climat, l’immensité même du désert l’ont longtemps protégé. Disséminés, les Amérindiens y menaient une vie errante de chasse et collecte. Avec la conquête de l’Ouest arrivèrent éleveurs et chercheurs d’or. Le désert se hérissa de villes de planches et se creusa de galeries. Les rêves dorés sont aujourd’hui envolés et l’exploitation des minéraux a pris une autre tournure : puits de pétroles et gigantesques mines de cuivre vomissant des fumées empoisonnées.

Sauf dans les réserves indiennes, le bétail à quasiment disparu. Sa concentration dans des zones plus fertiles a épargné la fragile végétation du désert.

 

Mais, grands travaux hydrauliques, frigos et air conditionné ont favorisé la multiplication des fourmilières humaines : Phoenix, Tucson .. immenses villes qui étendent leurs tentacules sans cesse plus loin et fomentent d’ambitieux projets, comme la culture industrielle de la jojoba pour son huile précieuse …

 

L’administration américaine a heureusement mis à l’abri les plus inestimables joyaux : Saguaro National Park, Organ Pipe Cactus National Monument, Kofa National Wildlife Refuge, Superstition Wilderness Area … Des parcs et réserves de dimensions « US » qui laissent au visiteur le coeur rempli d’émotions aussi vibrantes que l’air surchauffé du désert de Sonora…

 

 

Retour haut de page